Retraites - 41,5 annuités de cotisations par décret

Journal Les Echos - 05/07/2011.

Retraite : la polémique sur la hausse de la durée de cotisation rebondit.


Un décret le confirmera dans les prochains jours : la génération née en 1955 devra cotiser 41 ans et demi pour toucher une pension sans décote. Les syndicats dénoncent la dureté d'un système combinant hausse de la durée de cotisation et report de l'âge légal. Le gouvernement se défend.

Les assurés nés en 1955 cotiseront bien un trimestre de plus que ceux de 1954. Le nombre d'annuités nécessaire pour toucher une pension à taux plein, c'est-à-dire sans décote, passera à 41 ans et demi pour cette génération qui prendra sa retraite en 2016 ou 2017. Un décret en ce sens sera publié dans les prochains jours. « C'est tout simplement l'application de la loi de 2003 », a expliqué mardi sur Europe 1 le ministre du Travail, Xavier Bertrand.
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« L'un des systèmes les plus durs d'Europe »

Cette confirmation n'a fait que raviver la polémique. Car cette hausse de la durée de cotisation, conséquence de la réforme de 2003, se combine au relèvement progressif de l'âge légal d'ouverture des droits à 62 ans, résultat de la réforme de 2010. Pour les syndicats, cette « double peine » aboutit à « l'un des systèmes les plus durs d'Europe ».

« La plupart des pays de l'OCDE ont privilégié le recul de l'âge légal. Ils ont peu utilisé le levier de la durée de cotisation. En France, on a fait les deux. La réforme de 2003, qui était déjà sévère, a été durcie par celle de 2010 », tranche Jean-Christophe Le Duigou, qui représente la CGT au Conseil d'orientation des retraites. Jean-Louis Malys (CFDT) dénonce « un coup de canif dans la réforme de 2003 », que le syndicat avait soutenue. « Il était convenu qu'on relevait la durée de cotisation mais qu'on ne toucherait pas à l'âge légal », soutient-il.

 

Un système généreux pour les plus précaires

Xavier Bertrand réfute ces arguments. « En Allemagne, c'est 67 ans (pour l'âge légal) et 45 ans (pour la durée de cotisation) », a rappelé le ministre mardi. « Oui, mais dans tous les autres pays (excepté l'Allemagne), la durée est inférieure à celle de la France, lui répond Jean-Louis Malys. Et en Allemagne, la décote est beaucoup moins pénalisante. »

Autre argument avancé par l'exécutif, le système français est généreux pour les plus précaires. « Il suffit d'avoir travaillé cinq semaines au SMIC pour valider un trimestre, et on tient compte des périodes de chômage, de maladie », rappelle-t-on au sein du gouvernement. En réalité, les comparaisons internationales sont délicates, les systèmes étant très différents. Ainsi la réforme votée au Royaume-Uni combine-t-elle l'un des âges les plus élevés -68 ans -et une durée de cotisation très courte -30 annuités.

 

Les carrières incomplètes pénalisées

Qui sera touché par le relèvement de la durée de cotisation ? La grande majorité des assurés nés en 1955 ne verront pas la différence. Comme ils seront obligés d'attendre 61 ans et 8 mois avant de liquider leurs droits -c'est le nouvel âge légal qui s'appliquera à leur génération -et que la plupart d'entre eux ont commencé à travailler avant 20 ans, au début des années 1970, ils auront cotisé plus de 41 ans et demi au moment de leur départ.

« Les plus pénalisés seront les personnes aux carrières incomplètes et ceux qui ont démarré très jeunes dans la vie active », estime Jean-Louis Malys. La loi prévoit en effet un départ anticipé pour les assurés qui ont commencé à cotiser avant 18 ans. Ils peuvent partir avant l'âge légal à condition d'avoir cotisé deux ans de plus que les autres. Ceux qui sont nés en 1955 devront donc totaliser 43 annuités et demie pour bénéficier du dispositif.

Boukil Hamria

Secrétaire de section

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